Le Sang du Don

Chapitre 3Chapitre 3 – La Capture Volontaire

Le Sang du Don

Chapitre 3 – La Capture Volontaire

950 motsAlexandre

POV : Élise

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La voiture noire sentait le cuir froid et quelque chose de plus sombre. Comme du métal et du danger.

Élise était assise à l’arrière, les mains posées à plat sur ses cuisses. Personne ne l’avait attachée. Personne n’avait eu besoin de le faire. Luca était au volant. L’homme aux tempes grises – Vincent, avait-elle compris – occupait le siège passager. Aucun des deux ne parlait. Aucun des deux ne la regardait vraiment.

Elle, en revanche, ne pouvait s’empêcher de regarder par la vitre teintée.

Paris défilait. Puis la banlieue. Puis des routes plus larges, plus sombres, bordées d’arbres qui semblaient vouloir cacher le ciel. Ils roulaient depuis quarante minutes quand le portail apparut.

Un portail en fer forgé noir, haut comme deux étages, surmonté d’un blason qu’elle ne reconnut pas. Deux hommes en costard ouvrirent sans un mot. La voiture s’engouffra dans une allée de gravier blanc.

Le manoir se dressait au bout.

Pas un château de conte de fées. Une forteresse moderne et ancienne à la fois. Pierre grise, fenêtres étroites, lumières feutrées derrière les volets. Des caméras discrètes. Des silhouettes immobiles dans l’ombre des arbres.

Élise sentit sa gorge se serrer.

La voiture s’arrêta devant l’escalier principal. Luca descendit le premier et ouvrit sa portière. Il ne lui tendit pas la main. Il se contenta d’attendre.

Elle sortit.

L’air était plus froid ici. Plus lourd.

« Montez, » dit simplement Luca.

Elle obéit. Ses jambes tremblaient, mais elle refusa de le montrer. Chaque marche la rapprochait d’une chose qu’elle ne pouvait pas encore nommer.

L’intérieur du manoir sentait le bois sombre, le cuir et une note discrète de tabac. Le sol de marbre noir renvoyait le bruit de ses pas comme un écho trop fort. Des tableaux anciens. Des armes anciennes sous verre. Aucune photo de famille. Aucune chaleur.

Luca s’arrêta devant une double porte en chêne.

« Entrez. Il vous attend. »

Il n’entra pas avec elle.

Élise poussa la porte.

Le bureau était vaste. Cheminée éteinte. Bibliothèque du sol au plafond. Un bureau en bois noir massif. Et derrière ce bureau, debout, les mains dans les poches d’un pantalon parfaitement coupé, se tenait un homme.

Alessandro Moretti.

Elle le reconnut immédiatement, même si elle ne l’avait jamais vu en vrai. La photo dans le café. L’ombre sur le seuil. Et maintenant, lui.

Grand. Épaules larges. Cheveux noirs coupés court. Mâchoire anguleuse. Une cicatrice fine qui barrait son sourcil gauche. Et des yeux… noirs. Pas bruns. Noirs. Comme s’ils absorbaient la lumière au lieu de la refléter.

Il ne sourit pas.

Il la regarda simplement. Longuement. Sans ciller.

Élise resta plantée à trois mètres de lui, les bras le long du corps, le cœur battant si fort qu’elle avait peur qu’il l’entende.

« Approchez, » dit-il.

Sa voix était basse. Presque douce. Dangereusement calme.

Elle ne bougea pas.

Un sourcil se haussa à peine.

« Ce n’était pas une suggestion, mademoiselle Moreau. »

Elle avança d’un pas. Puis d’un autre. Jusqu’à ce que le bureau soit entre eux.

Alessandro sortit un document de l’un des tiroirs. Il le posa à plat sur le bois, face à elle. Une feuille épaisse, noire, aux lettres dorées. Un stylo plume à côté.

« Lisez. »

Élise baissa les yeux.

*Contrat de mariage temporaire.* *Durée : six mois.* *Clauses de résidence obligatoire.* *Interdiction de contact extérieur sans autorisation.* *Clause de silence absolu.* *En échange : extinction totale et définitive de la dette de sang Moreau.*

Son estomac se retourna.

« C’est une blague, » murmura-t-elle.

« Non. »

Elle releva la tête. Ses joues brûlaient.

« Vous ne pouvez pas m’obliger à… »

« Je peux. » Il s’approcha du bureau. Ses mains restèrent dans ses poches. « Votre père a signé avec son sang. Votre mère est encore en vie grâce à ma patience. Et vous… vous êtes le seul paiement qui m’intéresse. »

Élise sentit la colère monter, brûlante, inutile.

« Je ne suis pas une monnaie d’échange. »

Alessandro inclina légèrement la tête. Un geste presque curieux.

« Vous l’êtes devenue le jour où votre père a choisi de tricher à ma table. »

Il poussa le contrat un peu plus près d’elle.

« Six mois. Vous vivrez ici. Vous porterez mon nom. Vous respecterez mes règles. À la fin, la dette sera effacée. Votre mère sera libre. Vous serez libre. »

Elle rit. Un son sec, cassé.

« Libre ? Après six mois avec vous ? »

Pour la première fois, quelque chose passa dans ses yeux noirs. Pas de la colère. Quelque chose de plus sombre. Plus possessif.

« Signez, Élise. »

Elle secoua la tête.

« Non. »

Le silence qui suivit fut absolu.

Alessandro retira lentement une main de sa poche. Il sortit son téléphone, composa un numéro, et mit l’appareil en haut-parleur.

Au bout de deux sonneries, une voix masculine répondit.

« Don ? »

« La mère Moreau. L’appartement. »

Un silence de l’autre côté.

« Ordre ? »

Alessandro regarda Élise droit dans les yeux.

« Si mademoiselle Moreau n’a pas signé dans les soixante secondes… brûlez tout. Elle comprise. »

Élise sentit le sang se glacer dans ses veines.

« Vous n’oseriez pas. »

Il ne répondit pas. Il se contenta de poser le téléphone sur le bureau, l’appel toujours ouvert, et de lui tendre le stylo plume.

Sa voix resta basse. Presque tendre.

« Signez… ou je fais brûler ce qui reste de votre mère. »

Le temps s’arrêta.

Élise regarda le contrat.

Puis le téléphone.

Puis les yeux noirs de l’homme qui venait de lui offrir le seul choix qu’elle n’avait jamais voulu faire.

Ses doigts tremblèrent en saisissant le stylo.

Et pour la première fois de sa vie, Élise Moreau signa avec le sang de quelqu’un d’autre.